L'orthographe du titre est secondaire. Il s'agit de l'expression désignant ce qui s'est produit mercredi dernier, à savoir le début du carême bouddhiste. Que les spécialistes m'excusent et me corrigent sur les détails, dans lesquels je ne vais pas m'apesantir pour rester le plus exact possible, me basant sur ce que des lao m'en ont raconté.
Mardi déjà on sentait monter l'évènement. Les temples (vat/wat selon vos préférences) se recouvraient peu à peu de petits carrés de tissus multicolores, semblables à des drapeaux, un peu comme on peut les voir recouvrir les ports bretons lors de fêtes. Il se passait quelque chose. Et mercredi matin, ça ne faisait déjà plus de doute. Sur la route qui mène à l'usine, longue d'une petite dizaine de kilomètres, on passe devant de nombreux temples, six ou sept. Et l'effervescence à 7h45 était assez curieuse : des femmes en habit traditionnel, les bras chargés de paniers, constituaient le gros des attroupements autour des vats. Elles se rendaient en ce matin, comme la plupart des laotiens d'ailleurs, à travers tout le pays, aux cérémonies d'entrée en carême des moines, avec des offrandes.
Nous l'appelons carême en français car le principe ressemble un peu à celui de nos cultures judéo-chrétiennes : période de privations, voir d'acèse, tant pour les moines que pour les laïcs pratiquant, et autant dire pour presque tout le monde au Laos puisqu'il s'agit probablement du peuple le plus dévot que j'aie croisé. Il correspond d'ailleurs pour les bouddhistes (du moins d'inspiration Theravada, je ne sais pas trop ce qu'il en est du Mahayana bien que je soupçonne des similitudes, mes camarades de Chine pourront peut-être nous le confirmer) à l'entrée du bouddha en méditation, probablement celle qui le menât à l'éveil... sujet à approfondir, j'appelle Richard Pottier ! Toujours est-il que les bonzes se consacrent, durant cette période de trois mois, quasiment exclusivement à la méditation, ce qui justifie les offrandes observées ce matin là.
De fait, et parce que le Laos est un pays très pratiquant, partout y compris à l'usine, la journée commencera à 10h. C'est aussi l'occasion pour moi de gouter cette sorte de pain sans levure à très forte connotation religieuse à cette période de l'année, et dont je suis bien incapable de vous répéter le nom, donné la bouche pleine :)
Bien sur l'image était jolie. Il n'aurait pu en être autrement, il suffisait de faire l'inventaire des ingrédients qui composaient la scène.
Samedi soir, nous étions invités à l'anniversaire de Laetitia, que d'ailleurs je n'avais pas encore eu le plaisir de rencontrer (et je parle bien de plaisir). Je connaissais son amoureux, Laurent le belge chevelu avec qui j'avais joué à boursicocotte (KuhHandel, d'accord...) quelques semaines plus tôt. Avant de nous y rendre, j'avais rendez-vous avec Antoine et Raph, chez Antoine - soit à 2 minutes à pied de chez les belges, et loin de chez moi, raison pour laquelle j'ai fait la folie de louer une moto pour le weekend - pour une partie, justement, de boursicocotte. Raph n'était pas encore adepte du cercle très fermés des traders d'animaux de la ferme, et subissait à mon arrivée une formation accélérée, administrée manu militaris par un joueur qui est pas là pour rigoler on joue oui ou m*** allez !
Tout commence donc sur la terrasse, en bas, autour d'une petite beerlao de derrière les fagots, bien rafraichissante d'ailleurs par la canicule du jour (on frise alors les 40°C). Antoine et Cécile vivent sur la rive du Mékong, et ont donc une vue imprenable sur l'ouest, la Thailande, le fleuve. Cécile, qui faisait la sieste, se réveille. "Montons, la vue est encore plus belle du balcon." Soit, et l'altitude amènera un peu de fraicheur. Et effectivement, la lumière est assez magique, même si elle est difficile à retranscrire avec un compact numérique qui commence somme toute à se faire vieux.
Le soleil couché, nous nous mettons en branle pour parcourir les 100 m de piste qui nous séparent de la résidence belge placée ce soir sous le signe de la fête. Présentations, Laetitia décide que oui, je suis le bienvenu, et je lui offre donc son cadeau, nous avions décidément tout prévu. Les convives arrivent, la soirée démarre, Laurent est en grande forme, la musique remue, les popotins commencent à s'exciter, les cocktails belges rafraichissent, la chaleur est décidément terrible et les corps, avant même de se mêler pieds nus sur la pelouse dans une partie de chaise musicale endiablée, étaient déjà bien humides.
La soirée avance, et les conversations vont bon train. Par-là, litterature de comptoir avec des moitiés de brésiliennes. Par-ci, économie de la mobylette chinoise avec des françaises, là la musique belge, ici la bretagne post-Duchesse Anne. Puis le joyeux drille qu'est Raphael, sans l'aide de personne, engage ce qu'on pourrait appeler une mission suicide dans toute "bonne société" qui se respecte, c'est à dire un excellent projet dans le milieu qui nous occupe ce soir là : la fameuse et déjà évoquée chaise musicale, en deux manches et qui verra par deux fois se dérouler une finale 100% féminine, malgré les chutes, malgré la chaleur, malgré l'herbe mouillée par un perdant vengeur armé d'un tuyau d'arrosage, malgré qu'il soit 3h30, malgré que je ne sache plus bouger, écrasé de fatigue, de chaleur, de dame en blanc. Repos.
"Les réceptions de l'ambassadeur sont réputées pour le bon goût de son maître de maison, qui sait toujours charmer ses invités..."
De fait, le 14 juillet est partout dans le monde l'occasion de réceptions aux ambassades de France. Que ce soit Bebert à Bangkok, Zulie, Mel et Aurélie à Beijing, ou moi à Vientiane, tous ceux qui sont présents dans les capitales ont hier soir pris la direction de leur ambassade. Ici au programme, pas de défilé militaire, pas de feu d'artifice sur la tour eiffel, pas de bal des pompier, mais un défilé de pic-assiette.
J'arrive ainsi dans les jardins de l'ambassade à 19h15 avec mon collègue de travail Kevin. Si tôt arrivés, on croise une foule de gens, français et lao pour la majorité, emmenant des assiettes pleines de gâteaux, petits-fours, mini spring rolls, laap, et tenant un verre de champagne ou de vin à la main. Ces mêmes personnes, aux yeux brillants, annoncent à chaque nouvel arrivant "plus de fromage déjà". Curieux. Pourtant j'apprends vite que le fromage est ici la denrée la plus convoitée au cocktail du 14 juillet, et qu'il constitue le but suprême d'une quête qui démarre pour beaucoup dès le matin, avec l'élaboration de plans et stratégies diverses pour mieux s'en sortir que l'année précédente. Forcément, bête que je suis, je n'avais aucune idée de l'enjeu et ai probablement quitté le boulot - vers 18h30 - à une heure où tout était déjà joué.
Qu'importe, du fromage moi j'en mange assez souvent. Ne comprenant pas vraiment pourquoi cette folie, je continue mon petit tour. On croise finalement beaucoup de têtes connues à une réception de l'ambassadeur, et si j'avais retrouvé Antoine et Cécile dès l'entrée, j'ai vite fait de croiser d'autres connaissances, comme Sylvain, Raphael, Adrien ou Tyna. J'en rencontre donc beaucoup d'autres, et vers 21h, alors que la police nationale (comme à la maison) nous pousse gentiment avec tous les convives vers la sortie (déjà ?), nous décidons de poursuivre chez Ben et Julie, nouveaux camarades - encore un couple comme de par hasard - les conversations entamées dans les jardins de l'ambassade.
Ces derniers habitent une jolie maison et la terrasse est élue par les premiers arrivants, dont je suis, emmené par Antoine et Cécile, comme centre de gravité de la soirée. La beerlao coule à flots et bientôt une vingtaine de personnes s'entassent sur la terrasse, accompagnés par trois petits enfants lao de 6 ou 7 ans, qui quotidiennement selon Ben s'incrustent dans le jardin de leurs voisins falang avec force rires et sourires.
Je regagne mes pénates vers 23h20. Encore une très bonne soirée. Rendez-vous est pris avec la plupart des acteurs pour samedi soir.
Hier soir, après le boulot, notre ami Yip décide, tel un père, de nous emmener, nous les jeunes - comprendre Sulynha, Kosal (IT, Vietnam, en visite pour quelques jours) et moi même - au bowling. Aussi fou que cela puisse paraître au lecteur averti de ce blog, il existe un bowling à Vientiane. Un ? Bien plus, au moins 3 à ma connaissance !
Premier arrêt dans un beergarden, cette sorte de restaurant en open-space sur pilotis comme il en pleut à Vientiane et au Laos en général : une terrase en parquet couverte d'un toît artisanal, souvent situé au dessus d'une zone marécageuse telle que des rizières. Au menu, une soupe de raie, légumes sautés, riz blanc (vapeur), porc aux champignons, beerlao. Nous nous dirigeons ensuite vers le Lao ITECC (autrement appelé ITECC, prononcer "High Tech"), le "nouveau" centre de congrès de la capitale lao. On m'a beaucoup parlé de cet endroit, et je n'y avais jamais mis les pieds. Bien mal m'en a pris, car cet endroit ressemble beaucoup à la civilisation telle qu'elle me manque, avec toutefois quelques touches typiquement locales (du genre : désert complet, grands espaces vides et inutilisés). En quoi cela ressemble-t-il à la civilisation ? Le lieu est organisé à la fois comme un centre commercial, un centre de loisirs et un centre de congrès/salons. Un bowling moderne de 32 pistes ouvert jusqu'à minuit, des salles de billard, et même - Ô surprise ! - un cinéma, et qui diffuse des films récents, comme Spin City par exemple, pour 10 000 kips seulement. Malheureusement, les films sont en thaï, ce qui a pour effet immédiat de me calmer.
Les parties de bowling se sont par ailleurs déroulées de manière fort agréable, dans une ambiance joviale et il n'y eut ni vainqueur, ni vaincus. La soirée s'achève vers 21h, parce que, faut pas rigoler non plus, on reste au Laos !
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